Après avoir vécu la l'humiliation de l'impuissance, ça y est, me voilà devenu un homme : j'ai connu la vigueur de l'outil.

Une saloperie d'antivol "Go Sport" m'aura empêché durant 8 jours d'utiliser mon vélo, qui était incidemment attaché en bas de chez moi. Non, je n'ai pas perdu les clés. Non plus, il n'y avait pas de colle dans le barillet ; non enfin, je n'ai pas cassé une clé à l'intérieur.
Antivol bloqué, c'est tout.

Je ne vous narrerai pas par le menu la frustration d'avoir été obligé de prendre les transports en commun ces derniers temps, alors que le temps, justement, était clément ; je ne m'appesantirai pas sur l'ignominie de la promiscuité du bus, bondé de petites vieilles et de femmes enceintes, à qui mes principes judéo-chrétiens-vieille-france me font céder ma place, bien évidemment, même si intérieurement je regrettais de ne pas avoir une sécateur rouillé pour leur couper les doigts un à un ; je n'insisterai pas enfin sur l'indigence de mes trajets pour aller/revenir du boulot, alors que j'ai connu un temps l'enivrement du risque, de la vitesse, et des pots d'échappements.

Et donc, je me suis retrouvé ce midi armé d'une meuleuse (et d'une rallonge conséquente, les prises électriques étant rares dans la rue) pour affronter cet hydre maléfique, la source de toutes mes frustrations (bon, ok, là, j'exagère peut-être un peu), pour lui niquer-sa-race à cette saloperie d'antivol.

Rhâââââ, la puissance de l'outil !

En 5 secondes c'était plié.

Nom de Nyarlathopep ! Certes, je n'ai pas claqué beaucoup d'argent dans cette saleté d'antivol, mais quand même ! C'est de la m*rde en barre, ce truc-là !

De fait, pour 20€ chez Kiloutou, je me suis débarrassé de l'impétrant frauduleux, lauréat fallacieux catégorie protection de mon fidèle destrier.

Je le garde quelques temps encore chez moi, pour :

  1. en prendre une photo, pour alimenter ce blog,
  2. faire taire les voix persiflant sur ma potentielle incapacité à mettre une clé dans une serrure, en leur donnant et la clé et l'antivol,
  3. pouvoir le balancer sur la véranda du voisin d'en face, la prochaine fois que cet olibrius organisera un concert jazz klezmer chez lui en semaine, entre 23H et 3H du mat'.

Faire abstraction.
Voilà.
Faire abstraction.

Cela m'inquiète un peu : j'espère ne pas tomber dans le syndrome mâle-attitude qui est de vouloir collectionner tous les outils possibles et inimaginables, au cas où l'envie de bricoler me prendrait.

Ce n'est pas comme si je n'avais jamais tenu un outil entre mes mains délicates et manucurées de doigts-carrés[1] : j'ai déjà manié le marteau-piqueur, le ciseau à bois, la scie sauteuse, la scie égoïne, la meuleuse, le fer à souder, la bétonnière, la pelle (de Cthulu...), la truelle, la perceuse, la visseuse, bref tout un tas d'outils divers et variés ; c'est l'espèce de râle de pseudo-jouissance, ainsi que le rire machiavélique qui suivirent cet affrontement qui m'effraient le plus.

(En parler à mon psy, vite. Ah m*rde, j'ai pas de psy. Prendre rendez-vous avec un psy, vite. Comment ça pas de rendez-vous avant novembre ?!? Trouver un sécateur, vite, et le faire rouiller...)

Notes

[1] informaticien, pour ceux qui ne connaîtraient pas.